Entre 250 000 et 500 000 Tsiganes, sur les 700 000 qui vivaient en Europe, ont été exterminés pendant la seconde guerre mondiale par les nazis et leurs alliés. Ce génocide souvent oublié porte le nom de Samudaripen .
LEs historiens restent encore prudents et divergent sur les chiffres : les recherches récentes indiquent que près de trois mille tsiganes ont été internés dans l’ensemble de la France entre 1940 et 1946 . Toutefois, les Tsiganes français ont rarement été déportés. Quelle a été la politique à l’égard des tziganes en France ?
Un rejet antérieur à la guerre
Le rejet de la population des nomades n’est pas né avec Vichy. Les gens du voyage, terme qui désigne l’ensemble des tsiganes, font peur depuis longtemps. Dès la loi du 16 juillet 1912 ( en vigueur jusqu’en 1969 !) , la III République impose un carnet anthropométrique, accompagné de 2 photos et des empreintes digitales, visé dans chaque commune, à l’arrivée comme au départ. La volonté de constituer un fichier des nomades précède donc celle du fichier juif de 1940, mais il s’agit surtout de pousser à la sédentarisation un groupe qu’on considère plus comme marginal, instable, mal contrôlable que comme ethniquement différent. Les pancartes « Interdit aux nomades » marquent le pouvoir alors donné aux maires d’interdire le stationnement dans leur commune .
La méfiance traditionnelle à l’égard des gens du voyage se renforce avec la montée de la xénophobie dans les années trente puis la drôle de guerre. Le 6 avril 1940, un décret interdit la circulation des nomades sur l’ensemble du territoire : les nomades doivent se déclarer à la gendarmerie ou au commissariat et sont astreints à résidence dans les communes du département choisis par le préfet.
Une politique d’exclusion et d’internement
Vichy et l’occupant allemand disposent donc de lois antérieures pour mettre en place une politique d’exclusion. L’ordonnance du 4 octobre 1940 décrète l’internement de tous les Tsiganes :
1 - Les Tsiganes se trouvant en zone occupée doivent être transférés dans des camps d’internement, surveillés par des policiers français. Les détails sont à fixer par les chefs régionaux.
2 - Le franchissement de la ligne de démarcation vers la zone occupée leur est interdite par principe .
et est accompagnée d’une « définition » qui élargit la notion à tous les forains :
« Seront considérées comme bohémiens toutes les personnes de nationalité française et étrangère, sans domicile fixe, et vagabondant en région occupée selon l’habitude des bohémiens (nomades, forains) sans tenir compte si elles sont en possession d’un carnet d’identité, carnet anthropométrique ou non. »
Des l’automne 1940, les tziganes originaires d’Alsace-Lorraine sont internés dans les camps d’ Argelès-sur-Mer et de Barcarès (Pyrénées-Orientales), puis transférés à Rivesaltes . Le 25 mars 1942, est décidée la création du camp de Saliers où doivent être regroupés les nomades. En Indre-et-Loire, c’est le camp de la Morellerie qui leur est « réservé ». Au total 27 camps d’internement auraient accueillis des tsiganes en France.
Déportation et Extermination
Sur les quelque 23 000 Tsiganes recensés à Auschwitz-Birkenau, bien peu ont survécu et Birkenau ne fut pas le seul lieu de déportation et d’extermination des tsiganes. Dans la nuit du 2 au 3 août 1944, les survivants du camp tsigane de Birkenau, isolé totalement du reste du camp, sont « liquidés » par familles entières. Parmi eux , les Tsiganes déportés de Belgique vers Auschwitz le 15 janvier 1944. 145 étaient Français. Ce convoi semble le seul cas connu de déportation des tsiganes en France.
Car la France et l’Allemagne ont abordé le règlement de la « question tsigane » différemment. Si en Allemagne, les Tsiganes sont arrêtés et déportés pour des raisons ethniques, la France combat un comportement, le nomadisme, et tente d’intégrer les nomades en obtenant leur sédentarisation. Cette optique française permit aux Tsiganes français, sous contrôle de Vichy, d’échapper à la déportation fatale. Elle ne leur permit pas de retrouver rapidement la liberté : en mai 1946, un an après l’arrêt des hostilités, les nomades sont les derniers internés français à quitter les camps.