En décembre 1941, François Garbit meurt à Damas d’une fièvre typhoïde. Cet homme, n’est pas un homme ordinaire, puisque le Capitaine Garbit a été distingué par le Général de Gaulle pour être l’un des rares Compagnons de la Libération !
C’est un Mornantais, même si, la carrière militaire de son père l’a conduit à naître en 1910 à Marseille. Lors de ses études à Lyon, il devient l’ami d’Henri Groues, plus connu aujourd’hui sous le nom de l’Abbé Pierre.
Par tradition familiale, sans doute, il choisit la carrière militaire et entre en 1929 à Saint-Cyr. Il est affecté dans l’Infanterie Coloniale en Mauritanie, puis au Tchad où il participe à des études géographiques et réalise des relevés topographiques. L’armistice de juin 1940 le surprend donc en Afrique, mais il n’hésite pas et choisit d’être parmi les Résistants de la première heure en rejoignant les Forces Françaises Libres qui se constituent dans le refus de la capitulation. On lui confie le commandement d’une Compagnie du 3ème Bataillon de Marche et il prend part aux combats d’Erythrée contre les Italiens. Son courage exemplaire, son talent manoeuvrier, son audace lui valent d’être remarqué par le Général de Gaulle. En 1941, lors de la difficile campagne de Syrie qui oppose les deux armées françaises, il est blessé au combat. C’est pendant une dernière mission au service de la France qu’il contracte la fièvre typhoïde et meurt le 7 décembre 1941. Son corps ne sera rapatrié à Mornant qu’en Octobre 1954.
Parmi les nombreuses décorations décernées au Capitaine Garbit, figure donc la Croix de la Libération. Cette distinction créée en 1940 par le Général de Gaulle n’a été donnée qu’à 1036 civils et militaires engagés dans le combat contre le nazisme et l’occupation. Son emblème est constitué d’une épée et d’une croix en hommage à leur courage et à leur martyre.
Appartenir à l’Ordre de la Libération est un honneur suprême et souvent les Compagnons préfèrent cette distinction à toute autre. Chaque 18 juin, au Mont Valérien, une cérémonie rassemble les derniers Compagnons autour du Président de la République. Dans la crypte de ce haut lieu de la Résistance, une place vide attend le dernier représentant de l’Ordre. L’Abbé Pierre a écrit à propos de cet ami qu’il n’a jamais oublié : " Nous rêvions pour lui d’une carrière chargée de fruits, de grands services pour le pays. Il était taillé pour du très grand... Ah ! si Garbit avait vécu, quelle action une telle âme exercerait."
Ainsi, le Capitaine Garbit mérite bien une attention respectueuse en cette année de Commémoration
François Garbit- Dernières lettres
Ponte-Noire, Dimanche 30 juin 1940.
Ma chère maman,
C’en est fait. L’armistice est signé.
Notre désarroi est extrême. A l’annonce des pourparlers d’armistice il y a eu d’abord un sursaut. Nous avons espéré au moins que cet armistice comme celui de la Hollande, par exemple, ne concernait que la Métropole. L’Empire, la marine, l’aviation y échapperaient, la lutte continuerait sur un autre sol aux côtés de nos alliés. Il a fallu déchanter. L’armistice livrait la flotte et s’étendrait à l’Empire. Alors nous avons espéré que l’Empire en entier se dresserait, se rebellerait, refuserait d’obéir à un gouvernement qui livrait des forces intactes et donnait à l’ennemi ses derniers atouts, en échange de quoi ?
De promesses peut-être. Quelle promesse d’Hitler vaudra jamais une flotte en sûreté et un million d’hommes en armes ?
L’unanimité ne s’est pas faite. Plusieurs nous ont parlé en sens contraire. D’autres se sont tus. Les troupes qui attendaient de leurs chefs un mot d’ordre en sont réduits à des bruits vagues d’origine douteuse.
Et ceux qui voudraient se battre rongent leur frein, cependant que grandit le nombre de ceux qui acceptent le fait accompli et rêvent de nouveau à leur petit confort d’antan comme s’il pouvait revenir.
Seule la voix du général de Gaulle rend un son clair, net, loyal, convaincant.
Mais ici, loin de tout, privés de renseignements, comment saurons-nous quelle est la voie ?
Que le Saint-Esprit nous éclaire !
Je vous embrasse.
E.Py © 1998