Fils d’Officier, le Général Magendie a suivi la voie souhaitée par sa famille : Ecole mariste, Prytanée militaire, Saint-Cyr, une "éducation dure et virile qui lui enseigne l’esprit de discipline et d’obéissance à la hiérarchie".
En 1940, il est lieutenant dans l’Armée Coloniale à Djibouti et l’armistice le choque d’autant plus qu’il n’a pas été engagé dans les combats qui se déroulent en France :
"Comment moi, militaire d’active, je n’ai pas participé à la défense de mon pays ? Je ne peux pas rester comme cela, même si le Maréchal Pétain nous dit qu’il faut cesser le combat. Tant qu’il restera un allié, je serai avec la dernière nation qui sera en guerre contre l’Allemagne... Le Maréchal Pétain, pour moi, n’a pas compté. C’était une autre époque. Je me devais de défendre mon pays. Je n’avais plus qu’une idée en tête : partir, fuir vers ceux de nos alliés qui se battaient encore"
Il se souvient de l’Ordre Général n°4 du Général Legentilhomme, son supérieur à Djibouti : "Un vieillard au passé pourtant glorieux a cru devoir capituler oubliant la parole de la France vis à vis de ses alliés. Moi, je continue la guerre." Il restait tout l’Empire, l’Angleterre. Le Général de Gaulle était méconnu à l’époque. Mais, quand un camarade attaché à la radio m’a parlé d’un mouvement que ce militaire avait lancé, je me suis dit qu’il y aurait toujours cette ressource.
Le Général Legentilhomme échoue dans sa tentative de soulever la base de Djibouti et passe début août au Somali Land. Le lieutenant Magendie rejoint finalement début septembre 1940 Aden après une évasion périlleuse avec 5 aviateurs. "Nous avons été accueillis chaleureusement par de blonds garçons en uniformes britanniques parlant très bien le français. Surprise ! Ils étaient des militaires français évadés d’Algérie qui avaient eu le même réflexe que nous. C’est ainsi que sans tambour ni trompette nous rentrâmes dans la petite cohorte de la résistance naissante"
Ainsi le 6 Septembre 1940, le lieutenant Magendie "déserteur de l’armée française" entre dans les Forces Françaises Libres. Il fut condamné par contumace en 1941 par le Gouvernement de Vichy à la peine de mort, à la dégradation militaire et à la confiscation de tous ses biens.
Il participe aux campagnes de Libye et de Syrie.
Il retourne à Djibouti en 1941 pour "travailler les troupes restées du côté de Vichy et les rallier à la France Libre." L’enjeu est de taille : à une époque où les F.F.L. ne représentaient encore que 7000 hommes, Djibouti en comptait 12 000. Mais, un an de "propagande" ne réussit pas tout de suite et il faut attendre le débarquement allié en Afrique du Nord pour que les ralliements deviennent nombreux.
Après les Campagnes d’Afrique du Nord, il appartient en 1943 au Corps expéditionnaire Français du général juin qui débarque à Naples et souligne les difficultés morales de la Guerre en Italie : "habitués aux stratégies et manœuvres du désert, nous nous trouvions face à une nouvelle guerre, bien plus dure, du fait de la présence de civils, de femmes, d’enfants qui souffrirent lors des combats."
Le 15 août 1944, au sein de la 1ere D.F.L., il débarque en Provence et s’illustre dans la prise du Golf Hôtel de Hyères.
Ensuite, il participe à la libération de la Vallée du Rhône, de Lyon, de l’Alsace.
Au début 1945, sa compagnie est prélevée sur le front de Strasbourg et il reçoit l’ordre de conduire ses hommes au-dessus de Nice pour réduire une dernière poche de résistance allemande. Dans le Massif de l’Authion, il découvre un guerre de montagne à la tête d’une armée mal préparée et avec une mission qui méconnaît totalement les particularités du terrain. Alors que les "soldats de métier" se font moins nombreux, les "jeunes" des F.F.I. et des Chantiers de jeunesse nouvellement incorporés n’ont que des chaussures aux semelles de caoutchouc pour gravir les pentes enneigées et couvertes d’aiguilles de pin. C’est avec une réelle émotion et une sorte de colère mal retenue qu’il évoque les 45 tués et la centaine de blessés qu’il laisse en 48 heures sur les lieux.
Le Général Magendie a été distingué par de nombreuses décorations. La plus chère à son cœur est la Croix de la Libération.
Le Général Magendie a ensuite poursuivi sa carrière dans l’armée. Il évoque avec un certain humour sa courte carrière de député à Djibouti de 1946 à 1951 : "c’était par discipline, parce que le Général de Gaulle nous l’avait demandé. J’ai recueilli 76% des voix, mais, à l’époque, tout le monde ne votait pas à Djibouti ! Je n’ai été qu’un piètre député et j’ai été soulagé quand la chambre a été dissoute. Je pouvais reprendre le métier pour lequel j’étais fait : je suis un militaire."
E.Py © 1996