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Septembre 1944, Givors libéré...
Septembre 1944, Givors libéré...
 



 
 

samedi 25 décembre 2004 par Evelyne Marsura

Dans l’attente de la libération

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Passage des troupes dans Givors courant septembre 1944. Collection Carrichon

Depuis l’annonce du débarquement en Provence, à la mi-août, l’espoir de la fin du joug grandit au sud de la Loire. Dès le 18 août, la retraite a été ordonnée et l’Armée allemande délaisse les positions désormais inutiles ( Annonay, Le Puy, St-Etienne). Les rangs des F.F.I. se renforcent et les maquis environnants sont appelés autour de Lyon : Loire, Ardèche, Auvergne, par exemple pour le Sud-Ouest lyonnais. L’Etat Major de R1 a réclamé la prudence. Les risques sont trop importants pour les Résistants, mais aussi pour les civils ! Le drame des prisonniers de Montluc fusillés autour de Lyon - le 20 août ce sont les massacres du fort de St-Genis-Laval et de Bron - est là pour rappeler que le nazi est prêt au pire, mais exaspére aussi les rancoeurs . D’ailleurs, le 23, les troupes allemandes ont tiré au passage à Givors et tué deux secouristes de la Croix-Rouge rue Victor Hugo. A Bans, Renée Peillon, agent de liaison de l’Armée Secrète de la Loire a été retrouvée agonisante au bord de la route. La jeune résistante qui effectuait une mission de liaison décède de ses blessures quelques jours plus tard à l’hôpital. Ils ont tiré aussi devant la mairie et tué Laurent Gardiola, chef du Front National local . Ils ont fusillé le 31 août à Grigny pour démontrer qu’ils ne toléraient aucune opposition. [1]

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Les drapeaux de la Libération au Bassin. © Michel Py

A Givors, encore lourdement meurtri par le dernier bombardement du 23 août, le Comité de Libération issu de l’ensemble des organisations locales de Résistance regroupées autour de Marius Jeampierre proclame la libération le 25 août. C’est trop tôt car l’agglomération va voir encore refluer les dernières unités aguerries du sud de la France bien décidées à passer au nord de Lyon en protégeant fermement leur retraite.

Et, le 28 août, il faut donc contenir son enthousiasme, ranger en hâte les drapeaux tricolores et appeler la population givordine à se mettre à l’abri : une importante colonne allemande d’une soixantaine de véhicules est annoncée à Sainte-Colombe.

Une bataille s’engage à l’entrée sud de Givors, à Loire d’abord où la colonne tente d’échapper aux chasseurs bombardiers qui survolent la N 86. Alors qu’elle est abritée sous les arbres qui bordent la nationale, les maquisards postés sur les hauteurs guettent : les forces sont nettement déséquilibrées et il faut se résoudre à donner l’ordre de repli. C’est alors que l’un des F.F.I tire. Un camion s’enflamme et la fumée signale la position aux avions qui peuvent alors mitrailler le convoi. Au sol, les Résistants enhardis par cet appui des airs tentent à nouveau de bloquer les Allemands à Bans.

« Quand le téléphone nous a avertis, nous avons sauté en vitesse dans les camions. Avec mon groupe, j’ai pris les coursières que je connais bien, au-dessus de l’église de Bans et nous avons gagné le bord du plateau. Nous n’étions pas encore en position que les premières voitures du convoi, officiers en tête, arrivaient à la hauteur du chemin du Freyssinet. Fernand Perrin lâcha un coup de fusil sur la voiture pilote qui s’engouffra sous les saules. Tous les Allemands bondirent dans les fossés, sous les couverts et ouvrirent le feu dans la seconde même.
Ça flinguait partout. Nous étions vers le petit poste électrique et Charles Simon plus bas, qui tirait aussi. Très vite nous avons été arrosés par les mortiers. Ce qui nous a sauvés, ce furent les avions qui prirent la colonne à la mitrailleuse, en enfilade, sans répit, aller et retour. Là, les Allemands subirent des pertes considérables. De notre côté, Charles Simon fut tué. Mais les Allemands tiraient sur tout ce qu’ils voyaient bouger ; civils comme combattants à brassard FFI. Trois personnes d’une même famille furent blessées dans une combe ; un homme fut tué dans son jardin, un autre d’un éclat de mortier.
 [2] »

Givors verrouillé !

Le combat de Bans pour héroïque qu’il soit ne libère pas Givors. La position au carrefour sud de Lyon est bien trop importante pour l’Armée allemande qui doit assurer la fin de sa retraite. Les Allemands tiennent donc fermement l’agglomération et ses accès pendant 76 heures :
"2 canons d’artillerie de campagne aux abords du pont de chemin de fer. 1 canon braqué en direction nord de la nationale 86 et 1 canon braqué en direction de Chassagny.
Sur la route Givors-Rive-de-Gier, au carrefour de Monrond, 1 canon léger braqué en direction de la route de Rive-de-Gier. Devant cette position, à 200 mètres environ, la route serait minée.
Le carrefour des Sept chemins est occupé par les Allemands." ( Monsieur Maurice au commandement FFI. 31 août au soir.

Des unités allemandes montent sur St-Andéol/Mornant pour couvrir les arrières et ouvrir une deuxième voie vers les Sept-Chemins car les maquis, postés sur les hauteurs du carrefour, harcèlent sans cesse sur les unités allemandes. Au Pont-Rompu, les Allemands se heurtent à l’Armée Secrète de la Loire installée là depuis le 29 août. Les combats du 30-31 août permettent au maquis de gagner définitivement la position dans l’après-midi du 31.

Le Commandant Marey qui dirige l’AS de la Loire se renseigne régulièrement de la situation dans l’agglomération de la vallée :
« 31 août au soir. Troupes se retirant d’un côté sur la route par voiture à chevaux, en bicyclettes et à pieds, doublées par des voitures automobiles et quelques camions - voitures se doublant sans unité à qui irait au plus vite - soldats à pieds - Des troupes qui stationnaient à Givors hier se sont retirées - D’autres plus nombreuses environ 300 hommes réoccupent la ville ce matin - Pont de Chasse a sauté- Gare de Givors ville en feu - Tous les wagons sont détruits - ainsi que le pont de la Méditerranée -
(...)Il semble que Givors soit occupé par les derniers détachements allemands puisque ce sont ceux-là qui ont effectué les destructions des ponts sur le Rhône. Pourrait-on obtenir le bombardement aérien de l’artillerie allemande dans le secteur de Givors ?
1er septembre. Secteur de Givors Canal - grande quantité d’Allemands avec fourragère - cyclistes et voitures- les allemands partiraient ce soir à 20 heures - Gare de Givors Canal en feu. A la sortie de Givors, 4 postes de DCA. pas vérifié.
 [3] »

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Les ponts détruits. Vienne. ©Raymond Puget

Ce n’est donc que dans la nuit du 1er au 2 septembre que les dernières unités ennemies délaissent enfin l’agglomération et qu’un investissement par l’ensemble des FFI locaux et extérieurs peut être envisagé.

Sur la rive gauche, l’armée américaine progresse rapidement - Vienne et Chasse-sur-Rhône sont libérées. Mais, les Allemands ont fait sauter les ponts : ceux de Grigny et Givors le 30 ou plus vraisemblablement le 31 août , celui de Vienne le 1er septembre. Les deux rives ne communiquent plus et les armées libératrices ne peuvent plus venir que par la nationale 86 ou de Rive-de-Gier par l’ouest !

Givors libéré

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© Evelyne Py 2002

C’est l’Armée de Lattre [4] qui a débarqué à partir du 15 août en Provence et progressé rapidement sur la rive droite du Rhône.

En tête, dans notre région, deux unités :

-  le 2e Régiment de Spahis Algériens de Reconnaissance qui a été mis à disposition de la 1ere DFL pour l’arrivée dans la région lyonnaise. Il arrive, tard, le soir du 1er septembre, à Rive-de-Gier et doit attendre le ravitaillement en carburant pour poursuivre sa progression vers Lyon. Il ne passera pas par Givors. Le 2 septembre, à midi, l’ordre lui est donné de filer sur l’ouest de Lyon par les hauteurs. En début d’après-midi, sous une pluie battante, les chars du 2e Spahi quittent le carrefour de la Madeleine , empruntent la D42 et traversent les rues étroites de Mornant où les habitants fêtent leurs libérateurs. Après Mornant, ils prennent la direction de Soucieu ; le combat aura lieu plus au nord à Dardilly.

-  Dans la vallée, le 1er Régiment de Fusiliers marins est à l’avant de la progression. Il appartient à la glorieuse 1e DFL [5] sous les ordres du général Brosset. Mais pluie, route défoncée et joie des libérés retardent la progression des fusillers marins qui ne parviennent au Sud de Givors que dans l’après-midi du 2 septembre.
« À partir de Tournon, tous les kilomètres nous étions arrêtés par un barrage : une femme, une bonbonne, un homme, une bonbonne, etc. Ces redoutables farandoles ( mais ô combien sympathiques !) nous retardaient dans notre progression. Le 2 septembre au soir, nous avons bivouaqué à Ampuis devant une société qui commercialise le grand cru. [6] »

A Givors, enfin déserté par les Allemands, ce 2 septembre, vers midi, le Comité de Libération s’installe définitivement à la Mairie, tandis que descendent des hauteurs les maquis et la population alertée de la fin du danger.

Albert Oriol [7] du GMO 18 Juin a été chargé de la liaison avec la 1re Armée Française. Il s’impatiente comme en témoignent les messages adressés à son chef, le commandant Marey :
13h35 « Entrée dans Givors sans incident. Suis installé Hôtel de Ville. Blindés français attendus. »
14h15 « Liaison prise 13 km Sud Givors. Actuellement en repos en raison vraisemblablement ravitaillement carburant. N’ai pu connaître l’horaire de remise en route. RAS »

A 16 heures, le groupe envoyé sur la route de St-Colombe revient enfin avec les jeeps du détachement d’avant-garde des Fusiliers marins. « Contact pris avec officier chef détachement avant-garde. Accolade sur le parvis Hôtel de Ville. Intense ferveur populaire. Attends instructions. » envoie Albert Oriol au Commandant Marey. En ville, les rues s’animent. Les fenêtres se parent de drapeaux. Les forces françaises libératrices sont accueillies par les ovations des Givordins présents. Pierre Basset du GMO 18 juin, parti à la rencontre de l’Armée française, témoigne : « nous défilions au milieu d’une haie vivante nous sautant au cou, nous tendant bouteilles et même seaux remplis de cet excellent vin nommé Côtes-du-Rhône. [8] »

Jean-Pierre Clopin, résistant givordin, alors à Loire au sud de Givors, confirme l’ambiance et l’arrivée des soldats par la nationale 86 :
« Samedi 2 septembre 1944 .Une bonne nouvelle,amenée par un agent de liaison,remplit d’allégresse le cœur des gars du maquis “ Ils arrivent ! Ils sont à quelques kilomètres ! “. La compagnie F.F.I.et le C.D.L. réoccupent Givors et prennent d ’une façon définitive les leviers de commande.
Les trois couleurs claquent au vent,une traction noire débouche sur la place de Loire, pavoisée de banderolles multicolores : Jacques, Popaul, Jean et Didi en descendent et sont accueillis par une foule en délire.
Les premières Jeep de la vaillante 1ère Armée Française viennent de passer en trombe. Nous sommes libérés ! »
 [9]

Quant à la fin de journée du 2 septembre, nous devrons nous contenter de quelques souvenirs épars qui signalent des chars place Carnot et dans la cour de l’usine Five Lilles. Un ordre militaire annonce un ravitaillement en carburant à la gare de Givors ville le 3 septembre au matin. Il n’est donc pas impossible que les deux escadrons de tête aient stationné à Givors pour attendre les « 4000 gallons d’essence » prévus.

Le 3 septembre, à l’aube, le 4e Escadron de Fusiliers marins qui avait passé la nuit sur la place d’Ampuis est poussé devant les 2 autres escadrons et « fonce sur Lyon, [en laissant] Vienne et ses vestiges romains à tribord, puis Givors et ses hauts-fourneaux à babord » [10]. La 1ere DFL pénètre la première dans Lyon, définitivement libéré.

Les villes peuvent fêter dans l’enthousiasme la victoire avant de songer, malheureusement à panser plaies et ruines.

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Le Comité de Libération. Collection archives municipales de Givors
Le Comité de Libération est issu de l’ensemble des organisations locales de Résistance. Autour de Marius Jeampierre qui préside, Albert Bejuy, Jean-Baptiste Bertholat, Edouard Blanc, Joseph Cancade, Pierre Clopin, Louis Danérol, René Gaudray, Claude Giorda, Antonin Grabi, Jean Mazenod, Gabriel Pacalet, Joseph Roche, Albert Umano, André Vignal, Jean Vinson.

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notes :

[1] Le registre d’état-civil de Givors enregistre des décès à Bans, le 28 août à 10 heures (Charles Simon, Hubert Sampy, Ferdinand Félix, Claudius Nicolas). André Sabaté est mort le 28 août, place Jean Jaurès, Laurent Guardiola et Renée Peillon sont portés décédés respectivement les 29 et 30 août.

[2] Paul Vallon. Témoignage cité par Jo Vareille, Givors en France, 1982.

[3] Extraits des rapports reçus de Givors par le commandant Marey, les 31 août et 1er septembre.

[4] Unité de l’Armée Française reconstituée à partir de 1943, la Première Armée Française est l’Armée B, débarquée en Provence, connue aussi sous le nom d’Armée de Lattre. Elle n’est ainsi renommée qu’aux environs du 15 Septembre 1944.

[5] La Première Division Française Libre a changé à cette époque-là de nom et est désormais officiellement, la 1ère DMI. Dans les coeœurs des soldats résistants qui combattaient dans les FFL parfois depuis 1940, elle reste la 1e DFL, héritière des quelques soldats qui se mirent aux ordres du Gl de Gaulle entre juin 1940 et juillet 1943.

[6] Témoignage de Henri Torre, matelot fusilier du 4e escadron du 1er Régiment de Fusiliers-Marins, cité par les Cahiers de Rhône 89, Lyon, 1989

[7] Albert Oriol commande l’un des Groupes Mobiles d’Opérations de l’AS de la Loire, le GMO 18 juin.

[8] Témoignage de Pierre Basset, GMO 18 juin. Son groupe, envoyé au contact des soldats, revient avec le détachement rencontré à St-Colombe.

[9] Groupes francs, Jean-Pierre Clopin, Janvier 1946

[10] Témoignage de Henri Torre, op. cit.



 

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