1. Le sentiment parfois d'avoir
été oubliés
Les « étrangers » d'autrefois et d'aujourd'hui sont
fiers d'avoir versé leur sang pour la France, car ils "combattaient
pour votre liberté et la nôtre" 1 :
Chez les tirailleurs sénégalais ayant participé
à la seconde campagne de France, un sentiment de fierté domine. Ces
anciens combattants fiers de leur passé font aujourd'hui de la francophonie
active devant des jeunes générations africaines qui ne comprennent
pas toujours. La France commence juste à se souvenir de leur sacrifice
pour la libération du sol national. Babacar Diop, tirailleur sénégalais
à la poitrine barrée de décorations françaises, a confié à un journaliste
de TF l : "La France demeure toujours notre mère-patrie.
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Mais, la mémoire garde aussi des traces de déception
: les Français n'ont pas toujours mesuré l'ampleur du sacrifice, n'ont
pas toujours conservé la mémoire du combat commun.
Ainsi, à Lyon, les volontaires de Carmagnole regrettent
:
Les hommes de la libération, ceux de la base,
ont été oubliés. Les Volontaires Lyonnais de Carmagnole sont enrôlés
dans les F.F.I. et encasernés à la Part-Dieu. On oubliera de les convier
au défilé de la victoire
Et aujourd'hui, certains constatent que l'histoire
oublie encore parfois la participation volontaire des étrangers à la
résistance française :
Oubliés ? Nous le pensons, car des ouvrages très
importants sur l'Histoire de la Résistance en France ne mentionnent
même pas les FTP-MOI.
Certains ont cherché à minimiser les raisons
de notre engagement : nous avons lu et entendu dire que si les immigrés
- et les juifs en particulier- s'étaient engagés dans la Résistance
et s'y étaient si bien battus, c'est qu'ils n'avaient pas d'autre
solution ! en un mot : ils avaient le dos au mur. C'est une erreur,
nous avons comme les autres Résistants choisi en parfaite connaissance
de cause. Chacun de nous avait plusieurs possibilités : se cacher
et ne rien faire, tenter de passer en Espagne ou en Suisse, ou encore
hélas se laisser déporter. 3
Même sentiment chez certains Polonais :
"Quand on évoque la bataille de Narvik du
côté allié, on cite toujours Ies Chasseurs Alpins et Ies Légionnaires,
mais on passe rapidement sur les contingents terrestres britanniques,
on oublie les 5.000 soldats norvégiens et on garde trop souvent le
silence sur les quatre bataillons polonais. C'est là sans nul doute
une injustice de l'histoire, d'autant que leur intervention dans le
secteur sud de 1a ville fut décisive pour la prise de la ville"
Cette réflexion est valable pour Narvik, mais
elle l'est aussi pour Lagarde, Tobrouk, Monte-Cassino, Falaise, Arnhem
et bien d'autres batailles.
A la Libération, des compagnons manquaient, victimes
de leur combat pour la liberté. Certains de leurs exploits ont été
attribués à d'autres et leurs noms sont restés oubliés: trop
étrangers pour la cause politique qui se jouait en l 945. 1
Quant aux combattants d'Afrique, considérés alors comme
« Français », leurs sacrifices ont-ils été bien connus et compris ?
Dès Septembre 1944, le Général Moll chargé des F.F.I.
de la lère armée déclare :
"le moral des Marocains n'est pas bon, celui
de l'Algérien mauvais. Une amertume certaine est en train de se muer
en colère sournoise."
Les soldats d'Afrique souffrent du silence excessif
fait sur eux et leurs sacrifices alors que les éloges concernant les
F.F.I. se multiplient. A partir du moment où la quasi-totalité du
territoire national est libéré, ils s'étonnent du petit nombre de
métropolitains qui viennent les renforcer. Ils se ressentent aussi
du manque de permissions. Celles-ci sont rares depuis l'engagement
en Italie et ne permettent qu'exceptionnellement un retour prolongé
en Afrique du Nord. Des départs annoncés n'ont pas lieu.
Alors que les nationalismes montent ( des manifestations
ont été réprimées au Maghreb), les soldats maghrébins s'estiment fort
peu récompensés par la France. En Algérie notamment, beaucoup s'indignent
de ce que la citoyenneté ne soit pas accordée aux anciens combattants.
Il n'est donc que plus remarquable de voir combien
ces troupes font leur devoir et continuent à se battre jusqu'à la
victoire. 4
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